Togo – Réserves administratives : l’opération de reprise de l’État plonge les populations dans l’inquiétude

Togo – Réserves administratives : l’opération de reprise de l’État plonge les populations dans l’inquiétude


L’opération de récupération des réserves administratives, longtemps annoncée puis oubliée, revient avec une vigueur inattendue et suscite de vives polémiques. Alors que l’État revendique ses domaines fonciers occupés « illégalement », des milliers de Togolais installés depuis des décennies sur ces terres se retrouvent brusquement sommés de les libérer, sans véritable communication officielle pour éclairer l’opinion.

Tout est parti d’une vaste opération de recensement lancée en septembre 2024 dans le Grand Lomé. Selon les conclusions publiées par les ministères concernés, près de 68 ?s réserves administratives seraient aujourd’hui occupées sans titre légal. Des habitations, des écoles, des églises, des commerces, mais aussi certaines structures publiques y sont implantées. Cette cartographie a conduit le gouvernement à fixer un délai d’un an aux occupants pour justifier leur présence ou quitter les lieux, sous peine de mesures coercitives.

Depuis, de grandes plaques portant la mention « Domaine de l’État – Réserve administrative » ont été installées devant les maisons concernées. Un geste perçu comme brutal par nombre d’habitants qui affirment, pour leur part, détenir des documents officiels. L’absence totale de communication dans les médias nationaux ne fait qu’alimenter la panique.

Les premières vérifications menées sur le terrain révèlent des situations complexes. Certaines familles occupent ces terrains depuis plus de cinquante ans, parfois après des démarches jugées légales à l’époque. Des institutions religieuses et éducatives se retrouvent également mises en cause, comme à Kégué où une paroisse catholique et une école primaire sont érigées sur une zone identifiée comme réserve administrative.

Face à l’escalade des inquiétudes, les organisations citoyennes et les formations politiques montent au créneau. Le MMLK appelle les habitants concernés à faire valoir leurs droits et à déposer tous leurs documents auprès des mairies. Le mouvement invite également les autorités à la prudence :
« Nous reconnaissons le bien-fondé de la démarche gouvernementale, mais il faut éviter toute forme de favoritisme ou d’abus et garantir l’égalité de traitement des citoyens devant la loi », souligne l’organisation.

Même son de cloche du côté du CAR, qui alerte sur les risques d’un déguerpissement massif. Dans un communiqué, le parti déclare : « Le gouvernement doit discuter avec les populations pour trouver une solution négociée au cas par cas, afin de préserver la paix sociale. »

Alors que la date butoir approche, le gouvernement se montre ferme, mais les populations, elles, veulent surtout comprendre. Entre impératif de souveraineté foncière et respect des droits des citoyens, ce dossier sensible exige désormais transparence, dialogue et responsabilité.


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